drôles de dialogues (oct 2005)

Publié le par sac aux images

Un dialogue entre :

 

- un vendeur au rayon mercerie, 38 ans, habillé style C&A années 70, il vit chez sa mère et aime construire des monuments parisiens en allumettes.

Et
- un personnage qui surgit de l’horizon sur son destrier jaune, poursuivi par un troupeau de bandits de grand chemin.


1.

- Maman ! Maman ! Pourquoi t’as mis les boutons jaunes avec les verts ! Mais c’est pas vrai, il faut que je recommence tout ! J’en ai marre de trier, compter, rouler les rubans, enclencher les pressions, ramasser les aiguilles avec des aimants, Tu m’étouffes Maman ! Avec tes bêtises j’ai pris du retard parce qu’il faut que je fasse ça le soir au lieu de finir mon Arc de Triomphe pour Yellow Buffalo ! J’en ai marre Maman !

(il se met à pleurer à chaude larme).

-Hugh !

(Yellow Buffalo apparaît dans un tourbillon de poussière).

-Oh ! Yellow Buffalo (Il se met à genoux) pardon, j’ai pas fini l’Arc de Triomphe !

- Ben alors p’tit gars ! Tu m’as l’air bien ramolo ! Entrez les gars et saccagez moi tout ça, comme ça y’aura plus de problème ! Et ligotez-moi la mère ! Elle nous embrouille à la fin !

- Merci ! Merci ! Yellow Buffalo je crois que j’ai envie depuis 10 ans de la tuer, surtout depuis qu’elle a découpé mon pantalon pat’d’ef de chez C&A !

- Ben tu vois ! Tout arrive, va donc chercher tes allumettes et viens, monte sur Bouton d’or, au moins lui il t’emmènera loin avec moi ! Et oublie ta mère !


2.

La scène se déroule sur le parking d’Auchan, la nuit à la fermeture du magasin, Lui caddie plein, l’autre fumant,

  • Oh là, bijou, doucement…

  • Faites donc attention, jeune…. Quelqu’un, vous avez failli me renverser.

  • Mais qu’est ce que vous traînez ici, c’est pas une heure pour un dandy.

  • Ma mère a eu une soudaine envie de tête de veau vinaigrette et moi, il me manquait quelques boites pour terminer une très jolie vespasienne… Mais le macadam tremble, on dirait.

  • Aïe, ça se gâte, v’là l’troupeau qui s’amène. Mon destrier a les naseaux aux aguets !

  • Troupeau, c’est quoi ça troupeau… en pleine banlieue, n’allez pas me faire croire qu’ils sont là, brebis moutons et moutoneaux… C’est pas possible !

  • Mais non, vous les parisiens, c’est bien ça, à part la télé, vous ne sortez jamais, les grands chemins regorgent de bandits tout droit sortis d’une épopée moyenâgeuse et moi, en trial jaune, je les ai réveillés alors voilà, ils arrivent…

  • Ben ça alors, j’aurais été à mon travail, en mois de deux on les aurait épinglés mais là, à part les allumettes…

  • Donnez, donnez…

  • Ah non, comment je vais faire si je termine pas ma vespasienne cette nuit, je vais me faire une crise d’angoisse alors pas question.


3.

(Ne prend pas la peine d’attacher son destrier jaune et rentre en trombe dans la mercerie).

- Z’avez une clé de douze ?

- Une clef de douze ?

- Ben oui, ou un autre objet contondant susceptible de servir d’arme contre les assaillants qui approchent.

- Mais M’sieur, je vends pas d’ça, ici. J’aurais bien quelques aiguilles à tricoter n° 8 ou 10 qui feraient l’affaire, mais je sais même plus ou Maman les a rangées.

- T’inquiète, je vais me planquer derrière le comptoir. Bouge pas, Tu m’as pas vu. OK ?

Attention, c’est de la dentelle de Calais, Monsieur, ça c’est fragile, vous allez tout m’esquinter.

  • Tinquiète, j’y touche pas à ta dentelle. Tais-toi… J’entends qu’ils arrivent.

-Entrent deux mémés demandant des pièces de tissu pour patchwork)

- Voui, Madame Mauricette, je vais vous servir mais poussez-vous un peu là, que je passe.

- Comment ça l’imprimé ne convient pas ? Mais si ça ira très bien. Voilà. Je vous le mets sur votre note. Vous paierez la prochaine fois.

(Entre le troupeau de bandits, bardés de cuir à lanières et de grandes bottes. Leurs Harley bloquent l’entrée du magasin et eux envahissent tout l’espace intérieur)

  • Et pour ces messieurs ce sera ?

  • L’est passé où, l’autre Niakoué ?

  • Ben je vois pas de quoi vous voulez parler. Qu’y a-t-il pour votre service ?

( Un des malabars s’attarde dans le coin broderie)

  • Ca plairait à ma meuf, ça, non ? dit-il à son comparse en lui tendant un canevas de Johnny H.

  • Ouaip… Faut voir.

  • Et une Harley en pince à linge, ça le ferait, non, pour la fête des mères ?

 

3.

- Bonjour monsieur. On ferait de jolies huisseries avec les crins de votre destrier jaune. Vous avez pris l’ascenceur ? Par les escaliers, ce doit être malcommode.

- Retourne chez ta mère.

- J’attendrai que mon travail soit terminé.

- Bon, en attendant, file moi vite une corde que je me fasse un lasso.

- Nous avons du coton bien solide…

- Tu vois ces connards là-bas ?

- Je respecte toujours la clientèle…

- Mais ce sont des bandits !

- Bon, j’appelle la sécurité.

(Le vendeur compose un numéro. Derrière lui, l’homme est rattrapé par les bandits, une horde de scouts dont il détient l’oriflamme en forme de tête de cheval.

Le vendeur se retourne au son d’une pluie de boutons)

  • Bandits ! Mes boutons !

Un Scout : - Tu t’habille chez C&A et tu bosses au Bon Marché, dis nous que tu vis chez ta mère pendant que tu y es ?

  • Les scouts sont en train de coudre la bouche de l’homme au destrier, D’une seule voix ils entonnent : « Scouts toujours ! »

  • Le vendeur : Toujours aussi cons.

  • L’homme : Mmmmh

  • Les scouts d’une seule voix au type de la sécurité : Sa bouche était une plaie : on l’a recousu.

  • Le gars de la sécu : « Braves petits ».


4.

- Oh là, oh…Ma non de dieu te va t’pousser l’là pepère ?

- ….

- T’es donc sourd ?

- ….

- OH !!!

- Q q q q que puis-je pour vous ?

- Dégage donc. Te vois t’y pas l’troupeau qu’est à mes basques ?

- Q q q q quoi ?

- T’es un rêveur, toi. Vire toi. Casse toi. Peux pas être plus clair.

- Maman… Mais monsieur, mais… mais…mais, qui vous suit ?

- T’occupe

(le cavalier d’un regard oblique voit les Invalides, le dôme pas fini)

  • Mais qu’est ce que t’es donc en train de bricoler mon gars ? T’as rien d’autre à foutre ?

  • (Le troupeau, la horde sauvage arrive et se jette sur le destrier jaune, Le cavalier, assomé, git)

  • Hé, monsieur le cavalier, tu bouges, c’est à toi de bouger, et d’un geste auguste il pose la dernière allumette sur le tombeau de Napoléon.


5.

- Et les aiguilles 3 pouces dans la boite rouge en haut de l’armoire verte, derrière les écussons de Bretagne. Le fil synthétique avec les voilages. Les boutons blancs à 4 trous dans le 12ème tiroir du meuble blanc, sous les pinces à rideaux. Bon, chaque chose à sa place, et les poules seront…

(Arrivée fracassante d’un personnage botté casqué qui déboite la porte d’entrée en verre)

  • Oh là mercière, où qu’t’as mis tes blancs boutons ?


6.

- Désolé, Messieurs, mais il est 19h29, le magasin ferme ses portes dans 1 minute, et j’ai encore ma caisse à faire et mes boutons à compter.

- Du calme, mon grand , pas de panique, justement ça m’arrangerait que tu claques la porte au nez de ces grands vilains qui me collent aux basques d’un peu trop près. J’pourrai même t’aider à compter tes boutons si tu veux ?

- Mais ce n’est pas possible, c’est écrit dans le règlement, les clients doivent évacuer le magasin à 19h30 precises.

- Ben ça tombe bien, j’suis pas un client, et j’t’assures que t’aurais intérêt à obtempérer, parce que ceux qui vont débouler d’une minute à l’autre, y vont te tailler en lanière ta veste à carreaux et ta cravate rayée…

- Malheur de malheur, c’est toujours à moi que ça arrive les plans galère, et Maman qui va encore s’inquiéter si je rentre en retard…

- Mais mon p’tit chou tu vas pas être en retard, tu fermes juste les grilles, et on sort tous les deux bras dessus-bras dessous par l’escalier de service, par la sortie des artistes, quoi !

Bon d’accord, mais soyez discret, et planquez un peu votre cheval, il est un peu voyant.

  • OK, OK, on y va.

(Et ils quittent la scène).







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Publié dans dialogues et lettres

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