Crécy, Nov.2007, Le tournesol et la bougie

Publié le par sac aux images

                                                                                     Crécy, le 25 novembre 2007

 

 

      Dialogue entre un tournesol et une bougie

 

« T’as l’adresse d’un bon coiffeur ? » dit le tournesol à la bougie.

« J’suis un peu défraîchi, Suzy est venue me chercher tout à l’heure alors que j’avais été coupé dans la serre où je vivais. »

« Excusez-moi, a-t-elle dit à Gérard le patron du magasin d’fleurs, j’voudrais bien une fleur comme celle-là, Raymond au café d’Chateauneuf y m’a dit que vous auriez ce que je cherchais… »

« Mais ma chérie, l’interrompt la bougie, tu t’prends pour la fleur du petit prince, t’es toute décoiffée ! Tu veux que j’te mette sous un globe pour mieux t’admirer ? De toute manière ils vont te mettre sur le tas d’herbes en partant. Moi ils vont m’éteindre et la prochaine fois ils me rallumeront. »

Sy.

 

 

Le tournesol de Chateauneuf se bronzait les graines en suivant le soleil. Inimitable, unique parmi ses confrères, tel une pendule à quartz, il avançait d’un coup, d’une minute toutes les soixantes secondes, rétablissant par là son retard chronique entamé si régulièrement.

Observant cela, une bougie-chronomètre de bonne compagnie remarqua avec justesse que les instants perdus avaient dû tomber dans l’oubli.

L.

 

 

Il était une fois un tournesol et une bougie qui avaient été posés là, non pas par hasard mais bel et bien à des fins dialectiques. Or, avait-on seulement pensé à leur demander si ils n’avaient ne serait-ce que l’envie de se parler ? ! N’étaient-ils pas victimes d’une instrumentalisation à leurs dépends ? Et puis d’abord, parlaient-ils la même langue ? En plus ces choses ne son même pas dotées de la parole…

-         Carole vous dîtes ? C’est joli comme prénom, ça va bien à votre teint de paraffine.

-         Merci Louis, quant à vous votre mine est resplendissante.

A.

 

 

Tournesol : Y’a longtemps qu’tu crèches ici toi ? Parce que moi je suis arrivé ce matin et je connais pas trop les habitudes de la maison.

Bougie éteinte : Moi, oh là, ça fait des mois, des années, les plus anciens des occupants des lieux ne s’intéressent pas à moi, ils viennent de temps en temps mais la plupart du temps on est seul ici et la vie ne passe pas très vite. Comment t’es arrivé là toi ?

Tournesol : J’étais en transit à Chateauneuf en Thymerais chez Roger la Fleur et une petite versaillaise m’a fait faire le voyage jusqu’ici. Je me sens un peu seul, j’ai pas l’habitude, je suis mieux au grand air, c’est un peu confiné ici, non ?

Bougie éteinte : T’as rien vu ! Depuis hier y’a des courants d’air, ça rentre, ça sort, ça s’allume, ça s’éteint, j’ai été en activité hier soir et un peu à midi, le ciel est gris mais d’habitude c’est le calme plat, froid et sombre, rien ne bouge et on se sent un peu inutile pour tout te dire.

Tournesol : Je n’sais pas si j’vais rester avec vous, ça m’a l’air un peu glauque ici. Y’a des chances que j’finisse dans un soliflore en ville.

Bougie éteinte : Bon ben bonne chance mon vieux mais moi j’ai envie de regagner ma place sur la cheminée avec mes copines, j’ai encore un peu de paraffine devant moi. Toi par contre tes jours sont comptés, tu commences déjà à t’faner.

Tournesol : Ca va, j’ai compris, n’empêche que moi j’ai pas besoin de m’faire allumer pour amener la lumière.

Bougie éteinte : Pardon je voulais pas te vexer mais j’me sens un peu étriqué dans mon bougeoir, je t’accompagnerais bien en ville ce soir …

I.

 

 

 

la bougie – Di-moi pourquoi tu regardes toujours de ce côté ?

le tournesol – Ne vois-tu pas, là-bas, ce grand rond de lumière ?

la bougie – Je vois bien une clarté, au travers de la fenêtre.

le tournesol – Ne vois-tu pas qu’ailleurs quelque chose luit ?

la bougie – Si

le tournesol – Si… et ?

la bougie – Si, et je le vois bien

le tournesol – C’est beau, n’est-ce pas ?

la bougie – Il m’est difficile de l’affirmer

le tournesol – Je ne vois là rien de difficile

la bougie – Se dire beau, c’est être laid

le tournesol tressaille.

la bougie – M’as-tu déjà regardé ?

le tournesol –Je suis bien trop absorbé dans ma contemplation

la bougie – Ta vue est courte

le tournesol – Quand on voit ce que je vois, on n’en détourne plus le regard

la bougie – Tu ne t’es donc jamais regardé toi-même

le tournesol – Je sens qui je suis, quand je fixe le soleil

la bougie – Serais-tu quelqu’un d’autre, si tu regardais ailleurs ?

le tournesol – Oui, très certainement. Mon nom l’indique : je me tourne vers le soleil

la bougie – Qui t’a donné ce nom ?

le tournesol – Les hommes

la bougie – Si je t’avais nommé, tu te serais appelé tournelune, et tu regarderais la lune

le tournesol – je n’ai jamais vu la lune

la bougie – En voilà une qui t’aurait plu

le tournesol – Je suis tout au soleil

la bougie – Ainsi ceux qui te nommèrent firent de toi ce que tu es.

Su.

 

 

Dans un manoir du 17ème abandonné depuis près de 50 ans, un tournesol desséché se mit un jour à parler à une bougie éteinte depuis bien longtemps :

-         Ca manque un peu de soleil … Nous sommes si tristes, moi fané et toi éteinte.

-         Comment peux-tu parler ?! Nous sommes des objets pas des êtres humains ! s’exclama la bougie.

-         Et toi alors, comment peux-tu me parler ?

La bougie devint toute rouge.

-         Et puis je ne suis pas un objet moi ! Je suis un être vivant …

-         Oui, jusqu’à ce que tu n’aies plus d’eau dans ton vase. C'est-à-dire … il y a 50 ans, 2 mois, 8 jours et 10 minutes.

-         Oui c’est vrai. Madame de Préval, notre ancienne maîtresse me manque beaucoup et puis l’eau qu’elle me mettait était si douce, ce que je préférais c’était quand elle me mettait un sucre !... Mmmm ! disait le tournesol avec nostalgie, regret et tristesse.

E

 

 

-         Fleur ?

-         Bougie ?

-         Tournesol !

-         Chandelle !

-         Jus du mouchoir

-         Mouchoir de poche

-         Poche sous les yeux

-         Sous mes yeux !

-         Yeux de biche

-         Biche oh ma biche

-         Pied de biche

-         Tournevis

-         Tournesol

-         Solitaire

-         Terrassé

-         Sculpture

-         Turlututu

-         Tuteur

-         Terre neuve

-         Neuville

-         Vélocité

-         Cité des Sciences

-         ... et de l’industrie

-         Strident

       -     Dentifrice

 -    Frisson

-         Son de blé

-         Blessure

-         Surdité

-         Téléphone… maison

-         Maison de campagne

-         Noël au calme

-         Ah Noël à Crécy !

Co.

 

 

« Monsieur Tournesol, pourquoi ne levez-vous pas le nez » écrit mon stylo

« Parce que il fait frisquet » aurait répondu mon briquet

« Si j’avias fumé bien sûr ! » mon amûr…

« Dis, toi la bougie, pourquoi es-tu si petite, pourquoi ta flamme est si loin de moi ? »

« Et bien, dis la bougie, c’est pour que tu te penches, de ton long cou que tu t’épanches »

« Et bien quand tu auras mes confidences, tu ne seras plus qu’un petit  tas de paraffine »

« Et toi ton visage sera devenu gris et tes cheveux jaunis. »

M.

 

 

-         Bonjour Bougie

-         Bonjour Fleur

-         Comment tu t’appelles ?

-         J’ai pas de nom, mais tu peux m’appeler Lueur. Et toi ? Attends, laisse moi deviner, tu ressembles à un soleil, tu pourrais t’appeler « comme un sol »

-         Tu brûles Bougie, c’est presque ça, je t’aide : je me tourne toujours en direction du soleil

-         Ah je vois, alors tu t’appelles « VERLESOL » ?

-         Non t’es nulle Bougie, « TOURNESOL » je m’appelle, comme dans Tintin !

-         Quoi tintin, qu’est-ce que tu veux dire ?

-         Rien rien, trop long à t’expliquer. Et qu’est-ce que tu fais ici, Bougie ?

-         J’éclaire, mais il faut qu’on m’allumes d’abord.

-         Ça y’a pas de mal, t’as l’air facile à allumer

-         Quoi, qu’est-ce que tu veux dire par là ?

-         Rien rien, prend pas la mouche Bougie, t’es belle, tu brills, peut-être même que je vais me gourer et me tourner vers toi, si le soleil ne montre pas son nez. En attendant une éclaircie, je pense que tu feras l’affaire.

P.

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Publié dans ecrirensemble

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