Nov.2007 Scripto-dico à Crécy

Publié le par sac aux images

                SCRIPTO-DICO*

 

 

Saint-Crépin ajusta ses godillots en tirant fort sur les lacets. Bagasse ! Hurla-t-il, où sont-y donc passées mes semelles, j’les avais mises là près du poêle à rôtir doucement que le fumet et l’humidité aillent conter une petite fleurette romantique à nos naseaux. Faut ben les aérer, qu’ils s’expandent un peu. Motorique toi-même, j’y ai pas touché rétorqua la bagasse. C’est pas comme le panier de groseilles qui traînait là. Y’en reste point.

Saint-Crépin désappointé se bricola rapidement un lacet avec un bout de fil de fer qui maintenait la louche accrochée au-dessus du poêle, et partit avec sa colère fichée comme une image d’Epinal dans une planche en pichepin vermoulue. Image transpercée d’un poignard au cœur noir. A peine la porte claquée, il revit tel un flash motorisé le flot continuel du débarquement de Dunkerque et qui tel un laxatif le fit se lâcher devant la porte à peine refermée. Un flot de larmes inonda ses yeux. Tout ça pour un lacet qui craque, comment ne pas lire dans les signes après tout. Cela était-il prédestiné ? Ses semelles il les avait dans ses poches.

L.

 

 

St Crépin, aidez-moi, l’église est fermée mais vous qui trônez sous la rosace vous pouvez peut-être faire quelque chose pour moi, je me suis égarée, voilà des mois que je bagasse dans mon coin sans pouvoir parler à quelqu’un, St Crépin, écoutez-moi, vous et votre sourire de pierre si romantique vous pouvez me semble entendre ma prière, d’habitude c’est Sainte Rita qui est là pour moi : mais voilà, il faut que je vous dise, mon motoriste bien aimé m’a quittée pour une fille de rien, une pure Groseille de la cité et je suis désespérée. Je pensais pouvoir le retrouver dans le quartier, le ramener chez nous à Epinal. Mais nulle part je ne retrouve sa trace, je l’ai dans la peau, St Crépin, et j’ai bien envie parfois de me retrouver entre 4 planches pour oublier son image et son odeur de calamine, nos fiançailles à Dunkerque, toute cette bière avalée dans le garage aménagé pour l’occasion, moi qui suis toujours si constipée, j’avais pas eu besoin de laxatif pendant plus d’un mois, le houblon c’est bon pour le transit !

I.

 

 

St Crépin, St Crépin, St Crétin oui ! J’avais prié tout mon saoul, et rien n’était venu. Bagasse ! Tous ces saints ne vaudront jamais ceux de ma douce : ils m’exaucent, eux ! Doux, chauds et moelleux,… avec ça une pâleur toute romantique. Ils ont l’ait de porcelaine, et ils sont remplis d’un bon lait chaud. Samedi, quand j’ai quitté mes amis motoristes, la tête encore secouée de basses et splash, après une toilette du chef, je m’y suis logé pour amortir le choc. J’avais les yeux comme des groseilles. C’était une vrai image d’Epinal, de celles qui se gardent dans les bureaux, pour ne pas que ça se sache, que parfois on est à plume. J’ai finalement surmonté cet attrait pour aller dîner. Sur une épaisse planche, siégeait une mozzarella buffalo. J’étais loin de Dunkerque, ville glaciale et grise, et en un filet d’huile d’olive, le tour fut joué : j’en avais plein la bouche. Cela eut sur moi un effet laxatif, dont on imagine le résultat, parce qu’on est bien tous les mêmes : chies dur, chies mou mais chies dans le trou. C’est sur ces pensées qu’elle me demanda, avec la régularité d’un métronome : pourquoi tu m’aimes ? Moi-même, à vrai dire, je ne connais pas le fin mot de l’histoire. Mais il parait qu’avoir des raisons d’aimer c’est ne pas vraiment aimer. Je lui répondis que je l’aimais, parce qu’il était 20h00, et que c’était un chiffre drôlement rond. Elle me fit des yeux ronds, justement, et je me sentis compris. Ca me donna l’idée qu’être compris, comprendre, ça donne drôlement la gaule…

Su.

 

 

Cet été nous sommes allés en vacances à St Crépin, nous avons loué une bagasse ! une sorte de petite maison traditionnelle de Russie faite de pierre et de bois, nous étions dans un petit coin romantique au bord d’un lac, le seul inconvénient était les courses de moto au-dessus de la maison qui avaient tous les week-end, les motoristes ou motards venaient dans le café juste à côté de chez nous, ils buvaient des bières et mangeaient des groseilles fraîchement cueillies le matin même dans les bois épinal des alentours. La course faisait beaucoup de bruit mais ce qui était beau à regarder était les sauts final, les motoristes faisaient un saut périlleux sur une planche, le gagnant venait de Dunkerque, nous avons discuté avec lui puisqu’il était de France ou plutôt de Bretagne. Il y avait aussi des courses laxatives, des courses dans le las, l’eau était de 2 °C, certains étaient bleus en sortant, les nageurs devaient parcourir 500 mètres aller et retour en papillon.

E.

 

 

Ils s’avancèrent tout au fond de l’église. Un énorme vitrail représentant St Crépin surmontait l’autel, c’était monumental. On y voyait St Crépin remuant sa bagasse, levant les yeux au ciel. Ca n’avait rien de romantique cette énorme bâton de bois mais pourtant le lieu était très célèbre et drainait  des dizaines de motoristes chaque jour.

A l’entrée de la chapelle il y avait un premier attroupement. En attendant que l’église se désemplisse les gens s’arrêtaient juste à l’entrée au niveau des buissons de groseilles.

Certains faisaient des centaines de kilomètres pour admirer cette image d’Epinal. D’autres en voisins, descendaient quelques mètres lors de leurs balades dominicales, plus curieux de la foule à observer que du monument à l’intérieur. Il y avait à l’extérieur juste devant le parking une grande planche en bois peint avec une inscription bien étrange « De Dunkerque il est venu par ici » qui restait un mystère à tous les étrangers du village.

Seuls les locaux savaient que la seule vision du vitrail avait un effet laxatif sur les foules de pèlerins. Et pour cette raison après plusieurs conseils municipaux il avait paru indispensable d’installer des toilettes municipales.

Sy.

 

 

Saint Crépin venait de rentrer dans l’église. A son grand étonnement, aucune statue ne portait de chaussures. L’aurait-on roulé, nom d’une petite bagasse !?

Il fallait réfléchir vite. Son prochain rendez-vous était loin de là mais si romantique qu’il irait à genoux si ses pieds ne le portaient plus.

Par chance, un motoriste passait par là et l’embarqua sur sa pétoire.

Ce petit chemin était merveilleux et si il ne sentait la noisette, il était jonché de groseilles de belle taille ma foi.

Saint Crépin devant l’église fut une belle image d’Epinal mais Saint Crépin enfourchant une moto, c’était du genre mistral gagnant. Gagnant ; gagnant la ville d’Epinal où une abbesse l’attendait.

Elle n’était pas, plus épaisse qu’une planche, cette abbesse mais avec elle St Crépin irait bien jusqu’à Dunkerque pardi !

D’ailleurs il rendait son habit, car du Saint il n’avait que le nom et sa mère lui avait encore dit hier qu’il était une vraie purge, enfin un laxatif ! Poilau (tifs ?)

M.

 

Saint Crépin avait fermé le presbytère : ce soir il y avait match à la télé et l ne le raterait pas une fois de plus. Bagasse ! C’était pas un tendre le St Crépin, ni un romantique d’ailleurs. Avant d’être curé, il avait été motoriste et le miracle de sa conversion restait d’ailleurs un secret impénétrable pour la plupart de ses fidèles… En effet lorsqu’il était arrivé au village les gens l’avaient plutôt rangé du côté de la famille Groseille que de celle des Lequesnois, brisant ainsi la tradition des gens d’église sortis d’une image d’Epinal. Et puis on avait fini par l’adopter le St Crépin car il avait l’air fort et se tenait raide comme une planche.

Et puis était arrivée cette femme de Dunkerque, Mme Laxa, elle avait ouvert un salon de coiffure : « Laxa Tiff » et forcément son petit commerce avait périclité. Mais l’amour était né dans le cœur du motoriste. Malheureusement St Crépin n’avait droit à rien, même pas quelques miettes (de pain ?) non, d’amour ! Chienne de vie !

A.

 

Saint Crépin dit en vain que ce n’était pas lui le saint des crétins ni le sacristain,mais bien celui du crêpe, non pas des crêpes mais du crêpe de chaussures, oh il me bagasse celui-là avec ses faux airs de sainteté mal digérée. De quoi je me mêle si je veux il peut être le patron du sarrazin  et autre chouchen…Saint Crépin, saint Glinglin tout cela n’est pas très romantique ni très fair play. Chacun chez soi et les oies seront bien gardées. Pour les saints on dit chacun sa niche, leurs pélerinages font le bonheur des motoristes, ceux qui parcourent la campagne à la recherche de tous les pardons, les processions et autres cérémonies consacrées. Ils partent au hasard, battant la campagne, s’arrêtant manger des baies sauvages, framboises, groseilles, mûres. L’automne venant ils se nourrissent de champignons, de châtaignes. La saison la plus dure c’est l’hiver, quand ils se retrouvent du côté d’Epinal car tout n’est que leurre, images du passé, et souvent il neige, alors point de procession, fait trop froid. Dans les Vosges d’ailleurs, il n’y a pas trop de Saint Truc ou Saint Machin, eux c’est les eaux qui soignent, ils sont plus pragmatiques. Ils sont des gens du terroir, bûcherons, menuisiers, charpentiers et autres fabricants de planches en tous genres. Pour en revenir aux motoristes qui font des pèlerinages, leur saison préférée c’est l’été, ils arpentent la plage de Dunkerque sous un soleil souvent voilé buvant des litres et des litres de bière, le meilleur laxatif qu’ils aient trouvé. C’est bien plus sûr que toutes ces prières, ces ex-voto et autres incantations à tous ces saints patrons.

Co.

 

St Crépin dans la Creuse, il avait rendez-vous en fin d’après-midi, mais son GPS ne connaissait pas de St Crépin, ni de Crépin tout court d’ailleurs, tant pis il serait en retard à l’enterrement de la grand-mère. Bagasse ! il allait se faire remonter les bretelles par toute la famille. Enfin toute, ce qu’il en restait. Le vieil oncle romantique qui vivait encore dans son château en ruine, la cousine Charlotte coiffeuse à St Mathurin, son frère Norbert, celui-là avait embrassé une carrière de motoriste à la ville, son père était fier de lui. L’en fallait pas beaucoup pour le contenter, celui-là.

Tiens, v’là un gars du coin qui ramasse des groseilles, je vais lui demander mon chemin.

« St Crépin vous dîtes ? Ah, c’est pour les obsèques de la mère Lucie ? J’la connaissais bien vot’ grand-mère, son père était en garnison à Epinal, comme le mien, on était à la communale ensemble, y’a 90 ans de ça ».

Bon, le vieux va me raconter toute sa vie avant de m’indiquer mon itinéraire, ça va pas m’avancer tout ça. Il me parle de théâtre, de ses premiers pas sur les planches, d’un autre épisode de sa vie à Dunkerque, du carnaval, ça caillait là-bas mais qu’est-ce qu’on rigolait.

« Bon alors mon p’tit gars, pour St Crépin c’est facile, au prochain bourg à droite, à la fourche à gauche, encore 2 km et c’est bon ».

Purée, enfin j’ai eu ce que je voulais, il a pas besoin de laxatif le vieux, les paroles lui dégoulinent du gosier. Les cloches sonnent. C’est bon, me v’là arrivé à St Crépin.

P.

 

 

*Les mots sont pris au hasard dans le dictionnaire tour à tour par chacun des écrivants.

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Publié dans scriptoclip

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