textes collectifs (juin 04)
Le vide m’aspire
Pourtant à l’heure d’avant la tombée de la nuit d’hier donc pas celle d’aujourd’hui, ni de demain, c’était quasiment l’aube, l’aube d’un jour, lequel ? On n’en sait rien. Au fond tous les jours commencent toujours le matin, il suffit juste de savoir duquel il s’agit ; L’aiguille offre son chas au balancier de l’horloge, une grosse pendule sonore devrais-je dire, une savoyarde montée à Paris en 1932, qui habite la maison depuis toujours. Elle abolit le temps à mesure qu’elle le ressasse ! « Le vide m’aspire et me rejette aussitôt. Ouf ! J’ai mal au cœur, géant ! Géant ! Géant vie de veau mire c’est affreux !! » C’est sur cette réplique que le rideau tomba. Applaudissements. Huées. Le critique, invité au dernier moment, sursauta. Quel est ce bruit ? Les roses arrosées rissolaient en grésillant à qui mieux - mieux sur le fond en téflon et rond et rond – héron – héros – hé rose – et les roses arrosées… Qui ce matin avaient écloses. Il se dit : « Penser à planter les coquelicots, l’an prochain. Ils sont foutus le soir, de toute façon. » Vie éphémère… Le soleil est absent pour la journée, la lune s’est barrée, les étoiles filèrent en quenouille. Que reste-t-il de tout cela ? La Nuit ou le Néant ? Et pourtant, l’heure d’avant…
Meli Melo, Ex Voto et tutti quanto
Ce matin il pensa des kilos de fruits juteux, besoin de vitamines. Après le jus, la résistance du pain trop grillé sollicita dangereusement ses mâchoires ; Installer le transat face à la mer, le journal à portée de main, s’évader dans ce vide, ce silence seulement peuplé de chants doux de sirènes.
Depuis sa réclusion volontaire, il aimait le cri de la mouette au crépuscule ou de la chouette en minuscule, mais ce qu’il préférait par-dessus tout, c’était divaguer dans ce vide mental où les mauvaises herbes pouvaient dru et y ramasser les pensées sauvages enfin écloses. Fruits cuits, confitures et autres jubarbe de derrière les fagots, rhubarbe de la compote et barbe de 3 jours à force de ramasser, de ressasser, de ressasser les mêmes, enfin les digérer. La campagne n’a pas que des bons côtés.
Journal intime – « 1960 – 1968 » : Il avait lu l’ex-voto d’un mao-spontex dans ce transat quelques années auparavant. Qu’en avait-il retenu ? Il était tout recouvert de poussière. Pomme, poire, pêche, abricot, salade de fruits joli, joli, mais pour le soir, trop de vitamines, mieux vaut la tisane, la camomille, le tilleul, que ces feuilles de choux.
L’anniversaire de mariage
Dans le verre à dentier s’égrenaient les notes des chicots qui s’entrechoquent la nuit, en cachette de toi qui ne sait pas, qui ne sait pas mais qui devine, qui te connaît tellement bien. « Toi tu dors, tu n’entend rien avec tes bouchons d’oreille SNCF », hurla-t-elle ! Puis elle regarda par la fenêtre. Quant à l’hier dur, la glace dans le baquet à briser, les stalac-tites, mites, autant de dents menaçantes au bord de mon cauchemar, une herse, une fourche, un pic à glace, bref que des trucs pointus. Pi, la règle d’or et sa spirale infernale me tourmentent encore et toujours et reviennent. Tout tourne et retourne, et ratatourne, je me sens aspiré comme dans un syphon. Et pourtant, assise devant la cheminée, un chat pelotonné, le feu allumé, le dessous du poële à charbon noircissait. M’étais-je trompée ? Que brûlé-je ? Rêvé-je ? Je racontais illico mes visions intérieures à celui qui venait d’enlever ses bouchons. « C’est un joli trait d’esprit », dit-il en blanchissant. « Le dessous du poële à charbon…le dessous du poële à charbon…coke, boulet, poulet, coq en pâte… » bafouillait-il ; Faut dire que c’est un vrai taf de blanchir le poële à charbon.
Souvenirs
Au matin, elle réalisa que c’était aujourd’hui. Depuis 6 mois, tous s’étaient préparés pour cette expédition .Inutile de résister , les souvenirs remontaient doucement à la surface : Malbrough va mal, deuxième guerre, deuxième blessure, il peut plus marcher, il peut juste penser : « Plus de Bridel light ni de marga dans le frigo … » (C’était un code, ça lui évitait l’aveuglante vérité qu’il essayait d’éviter). Ca s’était passé en plein soleil et en pleine tête. Beurk, il en devint vert de trouille et d’autre chose ! Le grand pot s’était brisé ! Comment recoller les morceaux, où commence le rêve. Il aurait bien aimé que c’en soit un . Il essaya de s’évader. La cacahuète était en train de germer au fond de la gorge du gamin. Secouez-le ! Mais non, un coup de poing dans le sternum remit l’implant en pot. Ouf ! L’implant en position plutôt. La cacahuète se met à grimper en travers de la gorge et monte, monte. Un dernier tour… et… ça y est enfin, aller chez les voisins, boire un petit coup et rigoler, enfin essayer de plonger en oubli.
Après le match
Sous la pluie drue et froide de cette première nuit, accroupi sous cet abri de fortune, le petit chat avait peur. Ses menus poils se hérissaient sur son dos maigre. Il se terrait dans l’encoignure sombre quand une armada de bestioles détala de l’ombre. La plus grosse d’entre elle fonça sans que la jeune fille eut le temps d’ouvrir le parapluie, comme une cerise sur une cédille. Cédille aussi avait l’aveugle ou alors elle l’avait pas. Elle savait plus, elle ne savait plus où elle était, et pourtant le petit chat la rappelait à l’ordre : Sauvez-moi !
Elle y pensait de temps en temps. Dans l’espace-temps de son dernier printemps, il fut un temps, au temps pour moi, où le temps durait longtemps. Et tant et tant de pensées envahissent ce temps. Il était temps, boulle de gomme et parapoux, tous aux abris, cote mal taillée, et puis quoi encore ? Quand le clip disparut de l’écran neigeux – coupure de courant – Panique – Eclair – Tonnerre – Silence - « tu t’es encore endormi devant la télé ! »
La robe de minuit
Au douze coups, délicatement, elle souleva sa robe légère, aussi légère qu’un coquelicot, en retira un petit étui. Dans la nuit, l’étui brille, elle l’ouvrit avec tendresse et en sortit un cœur battant et rouge, un rubis. C’est celui de Paul, un de ses ex. Autour de ce délicat étui, couleur ambré, il y a même un chiffon pour cirer les pompes des Shadocks en faction devant l’hotel du Nord. Va donc les trouver, les pompes des Shadocks ! Et pourtant ils pompaient, ils pompent et ils pomperont toujours. Ou tout au moins jusqu’à ce que le Décahuze surgisse. Devant ce monstrueux, sauvage, mais quand même délicat slave, elle fit glisser sa robe coquelicot. Ses chaussures rouge vermillon, couleur de son rouge à lèvres et du canon de la Nation (l’enseigne) apparurent avec encore plus d’éclat, les facettes écarlates et mouvantes sur un rythme binaire. Enfin, il a tout calculé de son air savant, mais naturellement il s’est trompé, sans vouloir le reconnaître (c’est son psy qui conseillait beaucoup cette pratique). La robe coquelicot, les souliers rouge vermillon, le rouge à lèvres, le cœur de rubis, toute cette passion… Elle était en furie, elle rumina désespérément sa déconfiture de cassis. A bout de force elle urina sauvagement, souillant et faisant faner sa jolie robe coquelicot et ses souliers vernis.
Naissance
Le bleu d’Auvergne réchauffait sur la fenêtre en dégoulinant lentement sur le mur vérolé, il commençait à courir la campagne à flanc de volcan, croisant une source de Volvic ou V.G.E. On peut toujours parler des grands espaces avec lyrisme, mais là le bleu d’Auvergne gâchait un peu l’image idyllique et bucolique. Dans un coin sombre, une délicate théière en porcelaine me faisait de l’œil sur le papier glacé de ce magazine people où Stéphane Bern souriait, souriait, souriait, souriait, souriait, cling ! La théière en morceaux ! Bon Bieu ! Vous ne pouviez pas faire gaffe ! C’était la théière de Grang-mère !... Vous ne connaissez pas Grand-mère ? Je vous la décris :
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Signe extérieur de richesse : Néant
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Singe intérieur de richesse : Grinçant
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Singe intérieur de vieillesse : Tremblant
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Singe extérieur de Vincennes : Marrant…
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Si lente teneur devint saine : Mordant.
Elle me racontait toujours la même histoire, d’un œuf qu’elle avait trouvé et couvé. Et sort de l’œuf un petit cygne noir, sorte de vilain petit canard, et moi et moi… et moi. Il secoua le derrière et partit en se dandinant suivi de ses 7 frères et sœurs ex-œufs de canes. Et ex-fan des sixties. Ils se retrouvèrent bientôt perdus sous la vigne vierge folle et envahissante, pas si vierge que ça… mais pourtant si folle. Ciel ! Quel esprit ! Et c’est encore la pluie qu’on entend. Villacoublay n’est pas loin. C’est là qu’on fabrique la pluie, ils l’ont dit au poste. Mais les canards, ils le savaient déjà.