mots jetés sur la page

Publié le par sac aux images

Décembre 98, à Viroflay :

on suppose qu’il s’agit du jeu :  « mots jetés sur la page » ,

également appelé « remplir les blancs » ,
des textes écrits à plusieurs mains

 par des écrivants …à jeun (promis !)

 

La cuillère cogne sur ses dents en or et fait un bruit ravageur . Elle avale le sirop. Ça se bouscule au portillon des toux à venir. Elle se revoit essuyant la bouche de sa vieille tante qui toussait de la même façon. Mais elle crachait ses dents en plus. Ses dents en or et elle les avait gardées. A ce souvenir, ses oreilles rougissent de honte.

 

Et pourtant elle avait envisagé le pire, le pire de son vieillissement, et elle croyait en être sorti de cette idiote, de cette puérile peur de la mort. Mais elle s’était trompée. Elle était toujours la même, malgré son désir d’autre chose.

 

Elle se sentait un peu comme un poisson rouge qui avait envie de devenir bleu, ce qui permettait au chimiste de marier les couleurs, mais contrairement au cuisinier, qui mélangeait le beurre, et l’huile d’olive vierge à l’estragon du Pré Catelan.

 

Définitivement. Helge était séduite. Elle ne voulait plus quitter son beau roumain. Il était tellement craquant, ce bel énergumène qui avait su lui sourire tendrement, sans poser de questions, sans rien lui demander. Tellement mignon. Il avait eu raison d’employer avec elle la méthode douce, elle se sentait merveilleu-sement bien maintenant. Il lui avait permis de sortir de son attitude habituelle quasiment schizophrène. Et elle lui en était follement reconnaissante.

 

 


Autour de la table, elle avait installé une dizaine de sièges de toutes sortes mais la plus impo-sante c’était la copie conforme d’une chaise à porteur, tirée par un énorme taureau qui pesait aussi lourd à lui tout seul que l’ensemble des convives. Un homme en alternance avec une femme, c’était comme ça qu’ils étaient disposés. La femme à ma droite était effrayée par le bruit que faisait l’animal. Elle n’avait jamais vu de monstre pareil. Sur la table quel-qu’un avait mis une dizaine de pinces à escargots. Mais les assiettes avaient disparu. “ Les assiettes ”, me dit Calus Jullus, “ c’est une espèce en voie de disparition, je crois ” en tout cas  ici dans cette province. Pour tout vous dire, ce n’était pas de manger avec les doigts qui allait déranger les convives. Ni même de péter, de roter ou de raconter des histoires salaces. A côté du proconsul, une femme riait nerveusement. Sa serviette était tombée et elle n’osait pas se baisser pour la ramasser. Elle savait trop ce qu’elle risquait. Tant pis. Ce n’était pas la première fois qu’elle se faisait piéger. Il y aurait d’autres invitations, c’est sûr, d’autres baccha-nales où se faire du fric facilement.

 

Longtemps je me suis levé tard. J’aimais à respirer mon odeur du matin et m’amuser de moi le plus tard possible. Rester dans la moiteur du lit et penser que j’étais une petite bête en panne de vécu, de vécu matinal, une petite bête du soir. Mais j’ai arrêté en lisant un roman. Un roman qui commençait par une de ces phrase qui ne veulent rien dire et que j’ai fini par oublier complètement. C’était peut-être celle-ci “ Longtemps je me suis couché tôt. ” car ma voisine de palier avait un mari qui ronflait. Chacun sait qu’il vaut mieux s’endormir avant un ronfleur. Les cloisons de l’immeuble n’étaient que du papier et chaque soir j’entendais le matelas qui grinçait sous le poids. Elle en était certaine : l’un des ressorts avait cédé. L’ami de ma voisine avait pris quinze kilos depuis qu’il avait arrêté la cigarette. Et le bruit du ressort résonnait dans le silence de la nuit. J’avais peur, c’était comme l’histoire de la princesse au petit pois que me racontait ma mère, elle ne pouvait pas s’endormir, la belle, car elle était gênée par cette minuscule protubérance. Moi, c’était le bruit que faisait le gros du dessus qui me gênait, le bruit du matelas et qui se terminait par l’immanquable imprécation de la voisine “ Fais un régime, amour, sinon nous allons user notre mobilier avant de nous marier. ” Nous en sommes à quinze déjà ! Malgré le nombre de matelas, d’édredons, de coussin consommés, j’entendais toujours la chanson du soir. Depuis je suis restée insomniaque. C’est pour cela que je suis déjà réveillée.

 

Quand j’entends le bruit de la biscotte craquante, j’ai le doigt de pied droit qui frétille. J’asperge alors mes oreilles de mousse de benjoin, d’extraits de santal, de mascara... De l’essence que j’emploie pour les orteils, je ne dirais pas grand chose si ce n’est que l’odeur encense mes papilles. Je finis par la boire, puis je fixe simplement l’image de la vache boueuse qui arrive au moment précis où la jeune écuyère lâche à son partenaire une énormité : “ la vache a les yeux bleus, c’est une espèce rare , si elle fait des petits, laisse m’en deux ! ”. Je serai du voyage ! Ce n’est pas vraiment ce que je pensais au départ du Paris-Dakar. Les motos n’en finissaient pas de bruire comme des épier-lans dans une poêle humectée d’huile d’olive avec ou sans circonvolutions. Dans ces circons-tances, je préfère le riz. Lequel, le basmati qui vient du fond des âges ? Sauvage, bien trop sauvage. Ah bon ! Et voilà, ce n’est pas simple de faire la cuisine avec toi. Tu as trop de mal à te concentrer.

 

Commencer l’école par monter un ascenseur, par défaire sa queue de cheval, par défaire ses peurs. Par écrire en quelque sorte sa route du bonheur, c’est prendre son pied, je crois, enfin c’est ainsi que j’ai envie de dire qu’on écrit. Au fait, ça veut dire quoi ? ça veut dire que tu es claustrophobe, que tu aimes, plus que l’école, les instits et l’odeur de la craie. ça veut dire que, presque toujours, je crois que cette vérité-là, c’est celle qu’on s’invente au fil des rencon-tres, des émotions, des créations. De la pratique, je ne dirais pas grand chose. La pratique, ça se vit, ça ne se décrit pas . C’est comme l’amour. Une expérience. Pas une relation. Pourtant, avec un peu d’imagination, on peut tirer beaucoup d’une randonnée le long des chemins de la création. C’est souvent un plaisir solitaire : on écrit pour soi. Parfois aussi pour être lu. Etre dit. Pour toi et ta bouche chevaline. Drôle de drame que celui d’écrire sans avoir de lecteurs.

 

Du bateau, ils aperçurent la terre. Elle était bleue et blanche comme le ciel et le sol de Castille. “ Enfin, dit Bernard, nous avons retrouvé notre cap.  Je commençais à déses-pérer d’atteindre un jour notre objectif, mais nous voici désormais sur la bonne route. De voir les requins qui accompagnaient notre bateau, ça m’avait même coupé l’appétit. ” Et il commença, pour oublier sa faim, à nous raconter son île, son île à lui. C’était selon ses dires un véritable paradis pas perdu, on allait le retrouver, c’est sûr. C’était une île exubérante de feuillages, de couleurs, d’arômes, d’odeurs. Une île fantastique peuplée d’animaux étranges. Il aurait pu croire à un mirage. Pourtant, c’était la réalité. Il nous l’avait juré. ça y est ! On avançait droit sur l’île. Et sur l’île qu’ils observaient maintenant, il y avait une plage. Et sur cette plage, une femme. Et, curieusement, au lieu d’être léger et court vêtu comme il sied aux jeunes femmes sur les plages, elle était habillée de la pointe des souliers jusqu’aux plumes de son chapeau. Elle portait un chapeau à plumes rouge et jaune.

 

Ce renard avait un loup. Je veux dire par là qu’il avait les yeux largement cerné de noir, comme les ratons laveurs par exemple. Cette particularité le rendait irrésistible auprès des renardes du quartier. Pourtant, le renard est fidèle. Son couple dure toute une vie. Ce renard-là menait une vie de Patachon. Un soir chez l’une, le lendemain chez l’autre, à regarder danser la lune dans les fougères. Pourtant, vint un jour où les mâles en eurent assez de ce renard joli cœur. Leur jalousie ne fit qu’un tour et le renard fut chassé des terriers. Depuis, il erre sans but. On l’entend même pleurer certains soirs.

 

Ah, si tu savais, quelle aventure la maternité. C’est un peu magique. Tu files un petit coup de spermato à l’ovule, qui avale ça tout rond. Après, tu  t’occupes de plus rien. T’assures juste l’intendance, quoi : manger, dormir…


et d'autres textes, sur le même principe

(date d'écriture inconnue)

1.Delirium tremens

La petite fille aux allumettes dormait enfin ! Le sirop avait fait son effet. Et même plus : Elle rêvait. Un grand feu réchauffait son pauvre petit corps et lançait des formes improbables sur le mur, comme des ombres chinoises, tandis que le spectre de mon ancêtre veillait sur mon grand lit king size et pourtant ! Les secrets et les fantômes y’en a marre. Supporter ainsi les histoires des arrières-arrières-vieux ! Et pourtant il se réveilla avec l’impression d’être épié quand un cri de désespoir déchira la nuit. Les mâchoires claquantes et les paupières fermées, il se mit à déclamer des vers tronqués. Oh nuit, oh… zut, oh quoi ? Les vieux fantômes manquent d’esprit, c’est bien connu. Tant d’énergie dans un si petit corps. Evidemment que ça fait des ravages ! Pas vraiment visibles, surtout audibles en fait. Un souffle qui progressivement se gonfle en un hurlement… ravageur pour les oreilles et destructeur pour les entrailles. Super, ce délire, vachement efficace ce truc verdâtre. Oui vraiment j’en veux de ce délicieux breuvage. Quand le vin est tiré… Que rajouter ? Du sucre ? De la folie ? D’la vie,quoi, bordel !!!

 

2. La pepette en vacances

C’était la fin d’une histoire rocambolesque ; Recommençons au début. C’était le début, le docteur m’avait prescrit un mois de repos absolu… Merci Docteur, mais au bout d’une journée, j’avais déjà des fourmis dans les jambes, j’étais presque guéri.

Les biscuits énergétiques avaient joué un rôle prépondérant. Il ne pouvait emporter qu’un minimum. Peser les slips, les chaussettes avec la valise, le parapluie sous le bras. 25 kilos pas plus sinon c’est la surtaxe !

Sous les yeux hâves, ces joues empourprées laissaient deviner un regard diaphane et torve… torve ? Oui ! On peut pas dire qu’elle était vraiment belle, mais… elle avait un certain charme, c’est ça un certain charme voire un charme certain, et de ses yeux torves, en désespoir de cause, Marguerite déversera des larmes à n’en plus finir. Ah bon ! C’était donc lui, avec ses biscuits, ses slips et son œil malade dans sa valise en carton . L’espèce de salopard, celui qui ne voulait pas prendre le train. Tout ça pour aboutir dans ce jardin d’Eden où niche l’oiseau moqueur, où persifle le merle perché et la moule dodue, le serpent pervers, l’huître vicieuse et son filet acide. Rendez-vous à l’hotel de la plage.

 

 

3. L’aiguille creuse

Hagard, le soir, très tard, je fonçais rue des chats perdus. L’escroc m’avait refilé un tuyau, mais c’était un tuyau percé du rocher, rocher du haut duquel avait sauté le malheureux palefrenier. Notons qu’il avait beaucoup hésité, ayant un peu de mal à se décider fermement ? Mais vu l’état du cheval, il ne lui restait guère de possibilités. Horreur ! Le corps était retenu par l’aspirateur Hoover dernier cri ! AAAAAAAHHHH ! Il gisait là, les tripes dégoulinantes et déjà froides.

Mais en fait, tout compte fait, bien évidemment, c’est certain, y’a pas de doute, je pense que etc … , la liste est longue et la vie est courte. Surtout celle du pauvre palefrenier qu’avait pas su dorloter son canasson. J’appuyais sur le bouton de rembobinage du câble d’alimentation et le filou remonta illico presto. Le filou termina sa cavale à travers les bois, le tuyau encore accroché derrière l’oreille, cherchant un buisson où se planquer pour réfléchir. L’autre arriva sue le rocher luisant et glissant, et là ce fut la chute vertigineuse dans les eaux glacées du Tigre, frère de l’Euphrate et petite sœur des pauvres.

 

 

4. C’est pas toujours facile la chauve-souris

Au plus obscur du tréfonds du fond de la Valaquirie, la chauve-souris rasée du conté voletait dans l’obscurité noire et foncée, quasi impénétrable de la grotte de nez. S’était-elle trompée de chemin ? Elle sûrement pas, mais moi j’étais piégé. Ma fermeture éclair s’était coincée dans l’ascenceur de la Tour Eiffel, lieu incontournable de rendez-vous galant pour toute chauve-souris qui se respecte, en smoking et chapeau-claque pour cacher la tonsure sans moumoute. Soudain, ce fut comme une apparition, et ce n’était que ça : Une énorme molle flaque flasque et visqueuse ! De l’huile de vidange à première vue (et à l’odeur), là comme un tas. Il attrapa la grenade, symbole de résurrection et de malédiction et de, attention !!! La chauve-souris se décida enfin et elle s’engouffra dans l’ascenseur, attentive pourtant, mais paradoxalement et pi oualer ( ?) et vice et versa, si c’est pas trop te demander.

 

5. travelling arrière

Un café s’il vous plait, on me sert mais assis sur le haut tabouret, comme d’habitude. Il commande au bar un diabolo rouge et vert ? Sans faux col ni moustache, il osa des cacahuètes, servies dans des raviers de cristal rose et se fit la réflexion que verre à moutarde et éclat cristallin, finalement ça le faisait bien.

Flûte et reflûte de Pan de Peter Pan ! Le vase s’était brisé, les jonquilles affalées sur une table ronde, qu’Arthur lui avait léguée. Que vois-je ? En forme de parallélépipède, un diamant (d’au moins 25 carats !) brillait en son milieu, de la table léguée par Arthur toujours. Il me l’avait léguée avec son épée qu’il tenait, disait-il, de son arrière arrière petite filliote des îles froides et lointaines.

Les mouettes tounoyaient autour du ferry-boat, les côtes d’Irlande se dessinaient enfin ! L’écume de Guiness nous recouvrait la lèvre supérieure, assises au bar du ferry nous regardions le soleil descendre sur la mer, et bientôt dedans. Bientôt la verte campagne, les murets, les moutons, les lacs … seraient à nous.

 

 

6. Fromage ou dessert

Le lapin si malin, la grenouille cette andouille, la tortue si menue, (elle accumule !), les bulles retenues depuis trop longtemps, et quand c’est trop plein, ça explose, ça fait un geyser. Oups ! Le bouchon ! Dans la gueule ! Aïe ! Fais gaffe !

Alors que la mère Michèle si donzelle de sa belle Hélène et les trois jeunes tambours s’en revenant de guerre ont croisé Malbrouk et le roi Renaud, quasi morts tous les deux, une ventouse entre les deux yeux, un éclat d’obus dans le genou. Encore une fois, c’est foutu : Tout tordu dans les buts, son genou une fois de plus l’avait lâché quand siffla le train. Il pouvait plus courir, c’était foutu, il l’avait encore loupé … Le but ou le train ? Où peut-il bien être ? Peut-être sous le hêtre, peut-être sous le lit de feuillages qui tapissait mon lit douillet … Ou alors sous la couette … Ou au bord de la mer, qui sait ?

Dans la vieille maison, près de la forêt, il y avait une vieille tour et dans le grimoire il trouva la formule magique oubliée depuis si longtemps déjà … de la tartiflette. CHOUETTE !

 

7. Hazard et bizarrerie

Il avait dit c’est swingué ou ce n’est pas jazzy ! Enfin la plupart du temps il racontait des trucs débiles. Depuis qu’il s’était mis au scat, ça bringuebalait dans sa tête. Il avait des visions phénoménologiques et les amygdales en feu. La visite de l’othorhinolaryngoliste est prévue demain à 15h30 précises. Tout de suite après la visite au zoo, il ne faudra pas oublier de lui sortir la girafe, ça le calmera un peu, de la peigner gentiment, avec tact, au fond du jardin. Et on peut aussi monter dans la tourelle où l’on observe, cachée dans un clair-obscur lumineux, ou plutôt cachée, s’imaginait-elle, dans la vieille Chrysler rose, celle de l’oncle Bobby qui trône au fond du jardin, sur un piedestal au milieu des broussailles pas loin de la girafe. Le chambranle de la porte d’entrée m’a réveillé en sursaut, d’ailleurs les autres aussi ; Encore un truc à faire, ne pas oublier d’y mettre de l’huile ! C’est la girafe, impatiente qui avait finalement poussé la porte, avec le peigne coincé dans le crin de sa longue nuque. Elle essayait d’avancer sans faire de bruit, mais c’était pas facile, ses petits sabots claquaient sur le pavé mouillé de l’entrée devenu glissant parce que ce soir j’ai encore marché sur un monceau de grenouilles qui descendait du bois vers l’étang. Ultérieurement il faudra prévoir le sauvetage des grenouilles. A moins qu’on veuille s’en débarrasser pour de bon : C’est sûr, ils ont du aussi prévoir ça. Rien n’arrive par hasard.

 


8. L’âme slave

Il venait de se fracasser l’orteil sur le seuil, et c’est à ce moment qu’il remarqua un éclat sur l’angle du lavabo, éclaté de rire, et trahi de frissons. Eclat d’obus, chair déchiquetée, éclaté son orteil et le coin du lavabo. Déchiré il était, déchiré il restera, mais un orteil en moins. C’était arrivé quand il faisait le singe avec son pneumatique réceptionné la veille par chronopost avec accusé de réception, « gonflé » le type, il aurait pu faire gaffe au moins !

Formidable ! » s’écria-t-il en jetant sa coupe par la fenêtre ouverte, « c’était tout ce que j’attendais ! » Des nouvelles de Russie, de ses cousins Bonobos. D’où vient-on ? De quelle vérité trouvée au fond du puit ? Mais vas-y, met du cœur à l’ouvrage, cherche, trouve le sens. Pourquoi aujourd’hui, maintenant, là ? Serait-ce un acte fortuit ? C’est vite dit, qu’il se dit, et qu’elle dit !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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