On biffe, on gomme, on efface, on recommence (7 mai 2005)

Publié le par sac aux images

<!--[if !supportLists]-->les mots en gras et leur ordre sont imposés.


-         <!--[endif]-->Je est un autre comme dirait l’autre, tu sais, le poète aux semelles de vent.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->J’aime pas les changements de temps mais ça dépend quel temps.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->J’adore ton écriture mais là, excuse-moi, je crois qu’t’as fait une erreur de syntaxe.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Merde, c’est de l’encre indélébile en plus, d’habitude, j’écris en bleu des mers du sud ? Le noir ça fait plus sérieux.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Comment tu t’mets la pression.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Ecoute, chut !… J’crois qu’ma mère est de retour. Dépêche-toi, range ton carnet.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Sur la vie de ma mère, faudrait pas qu’elle lise nos histoires avec Pat, Bob, Vince et les autres ; elle me croit encore vierge.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Vite ! On biffe, on gomme, on efface, on recommence … la semaine prochaine.

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Elle hésite en descendant les escaliers… Ses longues jambes dans la lumière de l’entrée jette des ombres calligraphiques. Elle hésite, parce qu’elle hésite toujours. Chaque seconde mérite d’être non seulement considérée, mais aussitôt reconsidérée. L’autre c’et du doute ; le changement, la possibilité d’un trouble. Elle descend les escaliers, parce qu’elle aime le lien. Elle n’attache d’importance ni à leur fonction, ni là où ils mènent, ni si l’on vient ni si l’on va, mais c’est un espace que la plupart du temps chacun considère comme un passage, alors que sa géométrie, si complexe, résiste à l’écriture, celui qui s’y aventure ne peut être dans l’erreur car il est déjà perdu, ses sens sont pris d’un trouble indélébile noir, une spirale sans fin, sans pression, sans retour où s’arrêter est extraordinaire, car soudain on perçoit à quel point, il nous faut nous situer. Elle descendait donc, hésitant à s’arrêter, ne sachant s’il fallait aller ou s’arrêter, si une vie était possible ou s’il fallait considérer l’espace vierge et le creuser, s’attendre à une révélation. Mais la plupart du temps on biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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L’autre c’est le changement. Notre écriture s’y engouffre au péril d’erreurs indélébiles. L’encre est noire. Comme la nuit. D’une petite pression sur le stylo, on avance sans retour, à travers la vie, espérant toujours que notre avenir soit vierge. Puis, ayant écrit l’avenir, on ne peut que constater qu’il est déjà au passe. Alors, la nuit tombe, on biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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Je voudrais bien être autre. Qu’un changement fondamental intervienne. Qu’il me change foncièrement. Viscéralement. Comme une écriture nouvelle où tout reste à inventer. Et si c’était une erreur que de croire que notre histoire, nos histoires intimes sont inscrites en nous de manière indélébile. On pourrait alors tout recommencer à zéro, renaître de ses cendres comme un phénix flamboyant. Effacer le noir et le rose, les blessures, les rides de nos expressions révolues. On ne subirait plus. Ni les pressions, ni les angoisses, ni les injonctions. Ce serait le retour de la tendresse, de la douceur. Comme un nouveau-né qui découvre la vie. Vierge de tout souvenir. On serait alors à nouveau à l’âge de tous les possibles. Alors qu’est-ce qu’on fait, dans ces cas-là ? On biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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Encore un autre changement !… décidément, on a du mal avec nos ateliers d’écriture. Chercher l’erreur ! La trace indélébile de nos pensées fugaces et pétillantes nous ferait-elle peur comme le noir de notre enfance : une angoisse qui s’installe et s’insinue tout en douceur, sans pression mais tenace. Pas de retour possible, on écrit sur tout, sur rien, sur la vie, chaque feuille vierge est un champ de promesses. Et puis c’est bien comme ça. On y revient pas, ça sert à rien quand on biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Tu l’as vu l’autre jour ?

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Ouais, pas de changement, c’est stationnaire. Il est enfermé toute la journée, et passe tout son temps à l’écriture, il noircit des pages et des pages de papier.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->On a peut-être fait une erreur quand on l’a ramené avec nous...

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Oh, pas de culpabilité. C’est normal que les évènements l’aient marqué de façon indélébile, l’avenir doit lui sembler sombre, et même noir.

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Tiens, tu veux pas une autre pression ?

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->D’ac. Et toi, le retour, ça se passe comment ?

<!--[if !supportLists]-->-         <!--[endif]-->Normal, la vie, quoi, devant soi l’avenir, vierge, et puis on fait, on biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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Faut avoir confiance pour commencer et pas reporter à un autre jour, un autre instant cette origine fondatrice du changement, cet an zéro du texte inédit, gravant dans les mots, dans cette écriture fluide et sans erreurs d’interprétation qui marqueraient de façon indélébile la pensée du tableau noir sur fond de craie qui crie et crisse à nous vriller les oreilles sous la pression relative de la main traçant ces signes d’un retour à la vie vierge de tout antécédent. On biffe, on gomme, on efface, on recommence.

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Publié dans scriptoclip

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